Portrait : Emmanuel Fabre, traileur globe-trotter

Emmanuel Fabre

Agé de 45 ans, marié et père de deux filles (Océane et Amandine), Emmanuel Fabre est un véritable passionné de course à pied. Et de trail en particulier. Originaire de Sologne, ce pompier professionnel depuis 25 ans a réussi un fantastique exploit en remportant récemment l’Ultra Bolivia Race, une course à étapes très relevée – dans tous les sens du terme – dont vous pouvez lire le compte-rendu en suivant ce lien : « Emmanuel Fabre : toujours plus haut ».

Pour préparer au mieux ce genre de courses au bout du monde qui donnent du sel et du sens à sa vie, lui qui fuit toute forme de monotonie, Emmanuel Fabre doit jongler avec des horaires démentiels. Car en plus de sa profession, de sa passion et de sa famille (qui le soutient en toutes circonstances), il encadre parallèlement des sportifs individuels et une équipe de football de National 2 en tant que préparateur physique.

Ancien footballeur lui-même, Emmanuel faisait déjà l’étalage de beaucoup de qualités physiques à son poste de milieu de terrain. Ce n’est que tardivement qu’il s’est reconverti dans la course à pied.

« J’ai d’abord pris part à des courses de 5 (record personnel de 17’10’’) puis 10 kilomètres (35’09’’). Je suis ensuite passé sur des semis (1h17’03’’) et des marathons sur route (2h58’02’’), explique-t-il. Via mon père, qui était sportif lui aussi, j’ai baigné dans le sport depuis ma plus tendre enfance, d’abord en jouant au foot comme la plupart des garçons de mon âge. Vers mes 18 ans, quand j’ai dû faire mon service militaire, je ne parvenais plus à m’impliquer autant et donc à jouer mes matchs. Or je n’aime pas faire les choses à moitié. Je ne pouvais pas concevoir de m’entraîner et de ne pas être présent lors des matchs. Ou, à l’inverse, de ne pas m’entraîner et de jouer le samedi. L’armée a en quelque sorte coupé ce cordon ombilical du sport collectif quand j’ai atteint la majorité. J’ai donc arrêté le foot et je me suis orienté assez naturellement vers la course à pied. Parce que j’avais ce besoin permanent de faire du sport. Le running est un sport intéressant parce qu’il me permet de m’entraîner tout seul, quand je le veux, sans spécialement avoir de contrainte de suivi. »

Rapidement, le virus se saisit d’Emmanuel Fabre, qui se découvre un certain talent baskets aux pieds. Et il ne le lâche plus, devenant de plus en plus chronophage et énergivore. Sans toutefois parvenir à titiller les meilleurs, il signe de bons résultats jusqu’à ce qu’il découvre le trail voici une dizaine d’années.

« En trail, il y a davantage d’entraide et moins de compétition »

« L’âge fait qu’on est moins performant à 35 ans que quinze ans plus tôt, constate-t-il humblement. A l’époque, le trail était plutôt appelé « course-nature » et était moins développé qu’il l’est devenu aujourd’hui. Tout de suite, je suis pourtant tombé amoureux de cette discipline parce qu’elle m’offrait quelque chose de différent, de plus vivifiant aussi. Ce fut une vraie révélation, un véritable bol d’air frais qui m’a fait et me fait toujours le plus grand bien. D’abord parce qu’il n’y a pas de réelle contrainte de chrono, ou alors de manière moins « oppressante » que sur route. Au début, le but était simplement de terminer ses courses, d’être « finisher », tout en ayant le loisir appréciable de découvrir des paysages et des environnements complètement différents. La mentalité du trail – et a fortiori de l’ultratrail – est un peu différente de ce qui se passe lors des courses sur route : il y a moins cet esprit de compétition, davantage d’entraide entre coureurs. Le partage et le soutien sont importants. Les gens sont plus ouverts que sur la route, quand le chrono accapare toutes les attentions, voire crée des tensions. Je me suis retrouvé avec ce que j’aime le plus dans le sport : le côté humain. Ce qui n’empêche évidemment pas que je recherche tout de même la performance. J’aime la gagne, la perf’, je ne vais pas le cacher. Je suis un compétiteur mais – je le dis et le répète en toute simplicité – en étant et en restant amateur. Je prône vraiment cela, l’amateurisme. Après, je suis assez carré dans ce que je fais. J’ai toujours été habitué à cela. J’opte donc pour une préparation quasi professionnelle, qui engendre un réel souci du détail. En résumé : j’aime avoir une rigueur lors des entraînements, sans me prendre la tête pour autant. »

Comme tout sportif amateur, Emmanuel Fabre a donc commis des erreurs de débutant qui l’ont fait souffrir, sans doute. Mais celles-ci l’ont surtout vu grandir, avancer encore et encore dans sa vie comme dans ses projets de plus en plus délirants. Curieux de nature, il a décidé de se lancer des défis de plus en plus fous, de plus en plus longs. De plus en plus difficiles, aussi. Et de préférence aux quatre coins de la planète. Histoire de découvrir ses limites, de les repousser au maximum dans un contexte compétitif qui nécessite pas mal de sacrifices, notamment familiaux.

De la Muraille de Chine au Désert du Sahara

 « Au départ, j’ai découvert ce genre de courses via des collègues, enchaîne-t-il. En Sologne, il y a beaucoup de nature, de vastes forêts propices à ce genre de balades. J’en avais un peu marre du bitume et j’ai tenté pas mal d’expériences qui m’ont plu. Mon but, aujourd’hui, c’est de courir un trail relevé sur chacun des continents, de découvrir de nouveaux environnements, de nouvelles cultures. J’ai déjà couru au Mont-Blanc, sur la Muraille de Chine, au Costa Rica, ou dans le désert du Sahara, via le mythique Marathon des Sables, entre autres. A chaque fois, il y a de nouveaux environnements à découvrir. Que ce soit au Sahara, dans la jungle ou en haute altitude, comme je viens de l’expérimenter en Bolivie, j’étais curieux – et parfois un peu inquiet, aussi – de voir comment mon corps allait réagir. J’essaie de mettre tous les atouts de mon côté mais il y a inévitablement une part de stress liée à la découverte de ces endroits qui peuvent être aussi magiques que cruels. Ce goût de l’aventure, je l’ai en moi. J’essaie de prouver que, même si on peut difficilement reproduire à l’entraînement les conditions que l’on va rencontrer dans de tels environnements, on peut parvenir à se surpasser uniquement au mental. Quand je m’entraîne seul à toute heure du jour et de la nuit, j’essaie de me forger un mental d’acier pour me préparer au mieux. Courir des heures sur de grandes lignes droites, en pleine nuit, cela fait partie de mon entraînement. Ce n’est pas tout le temps gai mais, à l’arrivée, ce sont des petits éléments qui peuvent faire la différence par rapport à mes concurrents. »

Ce « trailer globe-trotter », comme on pourrait le définir, n’en a pas fini d’explorer cette planète qu’il défend, qu’il chérit, qu’il parcourt pas à pas avec un plaisir non feint et particulièrement communicatif.

« Et puis quand je vois simplement les sourires des gens que je croise, cela me booste à fond », conclut-il…

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