Témoignage : ma première Diagonale des Fous

Récit : ma première Diagonale des Fous | Stimium Sport Nutri-Protection

Rene Pourtier - Stimium

René Pourtier

Après nous avoir conté son passage de la route au trail, et celui du trail à l’ultra-trail, René Pourtier nous raconte comment s’est déroulée sa première expérience sur le parcours mythique de la Diagonale des Fous.

 

 

A la Redoute, coûte que coûte

Jeudi 18 octobre, 21h59 : depuis le temps que j’en rêvais, le moment est venu de se confronter à la réalité. Après avoir chauffé la place durant de longues heures, le speaker est sur le point de lâcher la meute de presque 3000 traileurs sur l’avenue du bord de mer de St Pierre, La Réunion. Et je suis un des loups de cette meute assoiffée des sentiers de l’île. Un louveteau plutôt, car c’est ma première participation.

Trois jours plus tôt, je partais de l’aéroport de Montpellier où, déjà, je croisai des coureurs partageant la même destination. Et que dire d’Orly où la salle d’embarquement pour La Réunion avait des allures de vestiaire. Même le commandant de bord y allait de la sienne avec une annonce au micro adressant ses encouragements aux « raiders » pendant la descente vers l’aéroport de St Denis. Jusqu’à l’incroyable accueil au sol avec un chapiteau pour nous mettre directement dans l’ambiance.

Nous y voilà, l’heure a sonné. J’y suis donc, tendu évidemment, en déficit de sommeil les 2 dernières nuits mais sacrément impatient et motivé malgré les doutes. Une seule certitude : je vais nécessairement traverser des moments extrêmement durs.

L’objectif pour moi est double : prendre du plaisir et décrocher le Graal en franchissant la ligne d’arrivée au Stade de La Redoute, à St Denis, au bout de 165 kms et 9700m de dénivelé positif.

Comme un mantra, nous nous répétons dans le sas de départ « Tous à la Redoute, coûte que coûte ! ». Et bien c’est ce que nous allons voir.

Les ultraterrestres François D’Haene, Benoit Girondel et le gratin du trail sont appelés et s’installent sur la ligne de départ.

Jeudi 18 octobre, 22 heures : à l’issue du décompte du speaker, c’est carrément une explosion. Une explosion dans la foule massée le long de l’avenue : 30.000 personnes annoncées s’écartant devant la vague des coureurs en hurlant. Une explosion dans le ciel où un feu d’artifices est simultanément tiré au-dessus de l’océan. Une explosion dans ma poitrine où j’ai du mal à réaliser que, bon dieu, je suis au départ d’un défi de dingues. Dans quoi me suis-je embarqué…

C’est parti, première nuit de folie

Les premières foulées sont quasi extatiques. Ce n’est pas nous qui sommes fous, ce sont ces incroyables spectateurs pleins de ferveur qui manifestent leur admiration « cent bornes » pour les ultra-traileurs, dansant, chantant, installés au bord de la route en famille.

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Ces premiers kilomètres brisent les chaînes de mes craintes. Comme on me l’avait dit, la Diagonale des Fous est une expérience très forte émotionnellement et ce n’est que le début. J’en profite, je souris, certains crient nos prénoms inscrits sur les dossards : je n’ai jamais été autant supporté que sur cette course où je ne connais pourtant personne ! Les enfants tendent leurs mains vers les coureurs, en quête d’un signe, et je tape quelques phalanges ici et là sous leurs acclamations.

Euphorique, je vis intensément ce spectacle aux rôles inversés : l’attraction, c’est la foule festive qui manifeste sa joie à notre passage.

Nous quittons le bord de l’océan et la ville pour prendre peu à peu de la hauteur, les champs de canne à sucre remplaçant les maisons. Le flot des coureurs est très compact mais nous courons sur route pour l’instant et je peux adopter une petite foulée à ma convenance. Devant et derrière moi, une guirlande lumineuse de frontales de coureurs se dessine dans la nuit.

Premier ravitaillement, km 14 au Domaine Vidot dans un village. C’est blindé de coureurs, et je dois me faufiler pour remplir une flasque à peine entamée et repartir aussitôt.

S’ensuit le tout premier monotrace de la Diagonale et un bouchon, automatiquement. C’est l’occasion de parler avec certains coureurs : d’où tu viens ? c’est ton premier Grand Raid ? quel temps tu vises… ? Finalement, après avoir fait l’accordéon pendant presque une heure, nous sortons des bois et le peloton s’étire en bordure de plantations, alternant franchissements de clôture par des escabeaux puis petits trots. Tout au loin, en bas, je vois les lumières des villes et l’océan noir.

L’excitation du départ doucement retombe. Je commence tout juste à trouver mon allure « trail » au 20ème kilomètre. Comme d’habitude dans les raids nocturnes, j’ai du mal à apprécier les distances et les difficultés mais le terrain n’est pas encore rude, au regard de ce qui nous attend bien plus tard. Je ne me fie qu’aux sensations, oubliant ma montre, au petit trot sauf quand la pente s’élève. Les kilomètres défilent, on alterne quelques descentes et de longues montées dans une végétation basse. L’air est frais et humide sur les hauteurs. Nous avons droit à un court crachin, mais mes sensations sont très correctes, la motivation au top, l’envie de dormir absente. Pourvu que ça dure.

Cette première nuit se conclut par l’atteinte du ravitaillement au belvédère du Nez de Boeuf, km 40 et environ 7 heures de course.

Même rituel : refaire le plein des gourdes, ingurgiter quelques quartiers de bananes, boire un/deux verres d’eau minérale gazeuse et me débarrasser des emballages de barres. J’en profite aussi pour ranger la frontale avant de repartir.

Lever de soleil aux abords du volcan. C’est magnifique.

Dans les lueurs du petit matin, nous devons courir désormais sur un sol de lave basaltique, plus technique.

Cette portion n’est pas la plus emballante de la Diagonale : traversée de pâturages entre 2 rangées de clôtures barbelées, terrain glissant et rocheux, long faux plat sur route. Le meilleur reste encore à venir. Au ravitaillement de Mare-à-Boue, km 50, je m’autorise une grosse pause malgré la fraîcheur et je profite d’un plat chaud local à base de pâtes, lentilles et poulet. Je ne me soucie ni du chrono ni de ma position, je me sens simplement bien.

Cilaos, des bosses et moral toujours en hausse

Ma Diagonale démarre vraiment. Je repars littéralement dopé par la splendeur des points de vue à l’approche du cirque de Cilaos. A travers des vidéos et compte-rendus du Grand Raid, j’avais « fantasmé » certains passages mythiques de ce trail et m’y voilà maintenant immergé : passages aériens en crête dévoilant sommets et à-pics, perspectives plongeantes sur le cirque, forêt qui devient jungle, et bientôt le majestueux Piton des Neiges qui nous salue au loin.

Submergé par la magie des paysages de Côteau Kerveguen, requinqué par la chaleur de midi, je cours dans une plénitude totale, avalant les kilomètres sereinement.

Cilaos se présente comme un écrin vert tout en bas protégé par d’abrupts remparts sauvages.

D’ailleurs, la première grosse difficulté arrive : une descente, oui, une descente, mais de presque 800 mètres de dénivelé négatif en 2 kilomètres. Mis en garde par les bénévoles, je m’y engage prudemment, dans une succession d’épingles, d’échelles et de rondins de bois. Tout en contrôle au frein à main, je me laisse doubler par des traileurs plus dans leur élément. Mes cuisses sont à la peine, inutile d’en rajouter.

Récit : ma première Diagonale des Fous | Stimium Sport Nutri-ProtectionJe sors enfin de cet enfer vertical et rejoins en petites foulées le ravitaillement de Cilaos, km 67 et 12 heures de course, sous les encouragements indéfectibles des spectateurs, c’est invraisemblable ! Le village offre une base de vie où je récupère mon premier sac de délestage, remis au départ. L’organisation est parfaite, les bénévoles adorables. Tranquillement, je termine de manger ce que j’avais emporté avec moi et non entamé. A peine plus d’un tiers de la Diagonale parcourue, je suis dans un état mental survolté et extrêmement résolu.

La sortie du cirque se fait par la première très grosse bosse de la Diagonale. Nous sommes descendus tout au fond d’une ravine, avons traversé un torrent pour repartir de plus belle et attaquer l’ascension du Taïbit (1200 m de dénivelé positif en 8 kms) en plein soleil. C’est somptueux, grandiose et… sacrément escarpé. La Diagonale doit bien mériter sa réputation, et c’est certainement là qu’elle la bâtit. Je m’accroche à un trio et c’est parti pour quelques heures d’effort silencieux. Vers les deux tiers de la montée, en pleine forêt, un autochtone déguisé en druide apparaît soudain en bord de chemin et nous harangue pour offrir ses fameuses tisanes « ascenseur » préparées sur place dans des marmites : « Vous appuyez ensuite sur le bouton et vous montez tout seul jusqu’au sommet ! » Comme les autres coureurs, je cède au folklore local et m’arrête pour déguster la concoction à base de fleurs et de miel. C’est un des nombreux grands moments de cet ultra, un moment irréel de convivialité au milieu de nulle part.

Le col du Taïbit arrive enfin. C’était du costaud mais tous les voyants sont encore au vert : pieds intacts, pas de mal au ventre et surtout moral au beau fixe. J’ai couru ces 80 kilomètres (environ 16 heures) comme dans un rêve, savourant chaque foulée, habité par l’enthousiasme contagieux des spectateurs et rempli d’énergie par les panoramas imposants.

Mafate, encore la patate malgré les casse-pattes

Ce col marque approximativement la moitié du dénivelé total de la Diagonale et surtout la bascule vers le redoutable cirque de Mafate, le plus extraordinaire et inaccessible de tous. Mafate n’est desservi par aucune route et il faudra en sortir impérativement par nos propres moyens. Nous voilà avertis. Malgré tout, le ravissement devant ces décors à couper le souffle gonfle les voiles de ma motivation déjà considérable. J’oublie la fatigue musculaire naissante et me lance vers le village de Marla en contrebas, le prochain ravitaillement.

Marla, c’est la sensation d’être à la fois au centre du monde, cerné par de gigantesques murailles naturelles, mais également hors du temps et de la civilisation moderne.

Longue pause, rougail saucisses au menu, soupe, boisson, encore et toujours des bananes, discussion avec d’autres coureurs. Bilan de la situation : aucune ampoule, pas d’irritation ni de bobo articulaire, de chaleur ou d’humidité excessives ni de mal au ventre. Bref, le bonheur. Pour couronner le tout, je prends enfin le temps de consulter mon téléphone inondé de textos chaleureux d’encouragements. J’apprends alors mon classement s’égrenant au fil des SMS : 1587ème position au Domaine Vidot, 1218, 980, 804, 698 à Cilaos… et maintenant 504ème. Mais qu’est-ce que je fous là, ce n’est pas mon rang, je vais bien trop vite ! Au lieu de redescendre sur terre, de me calmer et de ralentir, j’en oublie que l’objectif est d’abord de finir et suis au contraire submergé par l’ivresse de ma performance, dominé par l’impression, trompeuse, d’en avoir encore sous la pédale. Tout va pour le mieux. Pourquoi changer quoi que ce soit ?

Je repars donc transcendé sur les sentes épiques de Mafate : montée exigeante au Col des Bœufs, courte sortie de Mafate pour un passage éclair dans le Cirque de Salazie et ses cascades impressionnantes puis retour dans Mafate par l’entame de Sentier Scout, hallucinant et dépassant l’imagination. C’est mon souvenir le plus marquant de la course avec ses passages en corniches, pitons, canyons chaotiques, ravines profondes, traversées de torrents, crêtes vertigineuses, mains courantes placées contre la falaise, belvédères monumentaux… Face à ces tableaux démesurés et dantesques, on ressent profondément son isolement et sa petitesse.

Malgré l’émerveillement, l’anxiété me gagne alors que le soleil se couche : la perspective de traverser cette seconde nuit blanche me fait gamberger. La fatigue musculaire s’installe et ma foulée est moins à l’aise sur ces sentiers très techniques, limite dangereux. Mais surtout, les risques d’assoupissement et d’hallucinations évoqués par les coureurs passés me préoccupent. C’est une situation inédite et je ne sais pas comment vont se comporter mon corps et mon esprit. Un groupe qui va bon train me rattrape : pour me rassurer, je décide de faire un bout de chemin avec eux et monte dans ce wagon en 1ère classe alors que je n’ai qu’un billet de 2nde. Je m’accroche mais j’y laisserai inévitablement des plumes.

Longues montées et descentes plongeantes se succédant, Mafate justifie sa terrible notoriété de casse-pattes. La nuit est tombée et, avec elle, un linceul de silence et d’inquiétude. J’enchaîne le ravitaillement d’Îlet-à-Bourse puis celui de Grand Place. 100 kms et 22 heures de course, pointé en 444ème position, cette Diagonale m’a littéralement rendu fou. C’est du grand n’importe quoi : ma lucidité est aux abonnés absents.

Inexorablement, l’effort se mue en douleur, le plaisir jusque-là omniprésent s’étiole progressivement et fait place à une résignation froide : sortir de Mafate coûte que coûte devient ma nouvelle antienne. Le groupe m’a lâché et je poursuis en solitaire dans cette essoreuse à muscles qu’est Mafate.

Le Maïdo, pas de cadeau pour les cuissots

Et voilà que se dresse la dernière ascension du cirque, la plus dure et coriace de toutes, le Maïdo, environ 1700m D+ sur 15 kms. La seule vue de cette bosse suffit à provoquer des crampes.

Une fois là-haut, je m’étais dit avant la course que ce ne serait pas loin d’être gagné, et pourtant… J’aborde ainsi la difficulté avec un mélange de détermination et de méfiance.

Lentement, très lentement, un pas après l’autre, les mètres passent, puis des dizaines de mètres qui s’ajoutent et font des hectomètres. Ça n’en finit pas de ne plus finir. Je cherche un remontant mais la contemplation du ciel étoilé et limpide ne m’est d’aucun secours.

A Roche Plate, km 108, le ravitaillement propose une tente chauffée et des lits de camp. Je me couche et essaie de dormir mais Morphée ne me tend toujours pas ses bras. C’est frustrant. Alors après une collation, je repars vers le sommet, invisible dans les ténèbres. L’obscurité est un liquide dense et épais dans lequel je progresse de plus en plus éprouvé. J’ai froid et me couvre bien avant de continuer. La pente est âpre et impitoyable.

Une peinture sur le rocher indique « 75% ». C’est la proportion d’ascension restant à gravir. Petit coup au moral devant tous ces efforts pour seulement 25% de conquis sur le Maïdo : je serre les dents.

Si je me fais majoritairement doubler, je croise aussi des ombres : coureurs mutiques en détresse au bord du chemin, dormant à même le sol sans couverture.

C’est long et usant et pour plagier Richard III, j’échangerais bien « Mon royaume pour un ascenseur ».

En levant les yeux au ciel, je crois voir les étoiles bouger au-dessus de la tête mais non, ce ne sont pas des hallucinations, simplement les frontales des coureurs. Ils sont tellement haut et tellement loin devant. Plutôt déprimant comme constat.

Mes jambes commencent à flageoler. Serait-ce la fin des haricots (humour potager) ?

Nouvelle peinture sur le rocher : « 50% ». Quoi, comment, je n’en suis que là ?

Il est trop tard pour être pessimiste et mon moral s’est engourdi. De plus en plus marqué, faire un pas supplémentaire devient un miracle de chaque moment. Je boîte, manque tomber maintes fois, titube dans une chorégraphie très personnelle.

En proie à de très fortes souffrances musculaires, un doute insidieux s’instille concernant ma capacité de récupération d’un tel effort une fois sorti de là. Il n’y a aucun répit dans cette pente extrêmement raide. Je savais qu’il y aurait des moments extrêmement difficiles. Et bien, me voilà servi. Je n’ai que moi sur qui compter, m’apportant mon propre carburant en entretenant des conversations solitaires, tantôt à voix haute, tantôt à voix basse. « Tu continues, pas le choix, c’est toi qui as décidé d’être là alors avance, ne cesse pas de te rapprocher de l’arrivée ». Harassé, j’avance donc sans notion du temps, ne me projetant pas au-delà du pas suivant, réduit à 2 jambes qui se meuvent péniblement.

Dans l’obscurité, le sommet n‘est encore qu’une intuition et il me semble qu’une éternité m’en sépare alors que volent toujours ces lucioles très au-dessus de ma tête.

Peinture annonçant « 25% », 3ème et dernière station sur ce chemin de croix : je dépose mon cerveau à la consigne, je mets l’esprit à l’écart et laisse faire le corps seul. Je n’ai plus de force dans les cuisses qui ont brandi le drapeau blanc. L’hypothèse de l’abandon naît dans mon esprit. A la force des bras, je soulève chaque jambe transformée en béquille et une fois posée au sol, j’appuie dessus avec la paume des mains pour me porter un pas plus loin. C’est un calvaire insoutenable dans une telle côte interminable. Maïdo doit signifier enfer en vieux réunionnais, ce n’est pas possible.

J’entends des voix au loin. Et non Bernadette, ce ne sont pas des divagations mais les cris bien réels des spectateurs quelque part tout là-haut au faîte du Maïdo vers 2 heures du matin. Décidément, ils sont fantastiques et me transmettent un peu d’énergie pour en terminer. En effet, une crête obscure se découpe et les lucioles ne semblent plus si éloignées. Au paroxysme de la souffrance, enfin j’arrive au sommet, celui de la détresse également car mes cuisses rendent les armes à l’issue de cette bataille perdue contre le Maïdo.

Sortir du cirque de Mafate coûte que coûte… Il me présente maintenant sa note et elle est salée : impossible de marcher, mes quadriceps renoncent à me porter plus loin. Je demande une minute de silence pour eux.

Les spectateurs nombreux m’encouragent pourtant, sans comprendre que je compte m’arrêter là, impuissant avec mes muscles pétrifiés et une douleur à terrasser Chuck Norris. Je n’ai malheureusement pas d’autre choix.

Mais la Diagonale est décidément folle : 3 personnes a-do-rables sortent spontanément de la foule et refusent catégoriquement que je stoppe l’aventure là. « Vous avez survécu au Maïdo, vous avez fait le plus dur !!! ». Malgré mes protestations, ils me portent et supportent tant bien que mal, faisant office de déambulateur humain et m’aident à rejoindre le ravitaillement 2 kms plus loin. Merci infiniment.

Tomber 7 fois…

C’est le km 115, je rentre au chaud avec la démarche d’un canard boiteux perché sur des échasses. J’avale des raviolis de patate douce mais sans plaisir aucun ni discernement, juste pour rétablir un déficit énergétique. Puis je suis porté vers la tente de secourisme. Bienvenue au musée des horreurs : irritations des parties génitales, genoux martyrisés, orteils suppliciés, problèmes gastriques, etc. Finalement, un médecin du sport et un infirmier très sympas viennent s’occuper de mon cas en me prodiguant massages et étirements qui m’arrachent des hurlements.

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Le verdict tombe. Je souffre probablement de contractures à chaque cuisse, liées à des efforts trop intenses et répétés. Je rallume le téléphone et discute avec mes potes en métropole qui me dissuadent d’abandonner et me conseillent : les barrières horaires sont plus de 12 heures derrière moi, autant dire que je peux largement me reposer et essayer de sortir de cette situation. Je dors donc un peu, tente de trotter, reviens me coucher, retente de trotter sans succès. Cela dure 3 heures au bout desquelles je ne perçois aucune amélioration : mes cuisses me font toujours aussi horriblement mal. Impossible de les plier, que ce soit pour pousser ou amortir. Marcher m’est juste insupportable. L’aveuglement dans mes capacités physiques se heurte au mur de la réalité.

J’hésite à attendre encore quelques heures supplémentaires mais je perds patience, je n’y crois plus et prends la décision définitive d’abandonner, au comble de la tristesse.

Bien plus de Oh! que de Bah…

Il n’y aura pas de Happy End et je ne verrai pas la Redoute. Moi qui n’avais jamais rendu mon dossard à ce jour, c’est la mort dans l’âme que je le détache et le remets au bénévole gérant les abandons. Contrairement à mes cuisses, mes yeux fonctionnent très bien. Evidemment, je suis extrêmement déçu, à la hauteur des efforts consentis et du supplice enduré sur le final. Ceci dit, je ne suis ni abattu ni dégoûté car j’ai vécu des moments rares, formidables, exceptionnels qui font pencher la balance très largement du côté positif avec bien plus de Oh que de Bah. Après tout, j’ai réalisé un objectif sur deux : prendre énormément de plaisir. Ce trail porte tellement bien son nom. Il m’a rendu fou, au point de perdre de vue le principal : atteindre l’arrivée en gérant la course avec prudence et humilité. Car c’est bien là mon erreur fondamentale : sans tirer de conclusions trop hâtives, il est clair que je me suis laissé emporter par l’ambiance et exalter par la beauté du parcours, m’enflammant et allant bien trop vite. J’ai récolté ce que j’ai semé. Dommage, mille fois dommage. L’abandon fait partie du jeu et désormais de mon expérience.

On dit « Tomber 7 fois, se relever 8 » : j’ai envie de me relever dès l’an prochain en repartant à l’assaut de la Diagonale, mieux préparé et surtout plus aguerri.

Mais cela sera une autre histoire.

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