La peur de gagner chez l’athlète : un mal encore méconnu

Des athlètes dans les starting-blocks

Sur une ligne de départ, tous ont des qualités physiques et se sont entraînés dans le seul objectif de gagner. Pourtant, un seul athlète accèdera à la première place ; et cela même si les sportifs présents ont le même niveau. Dans ce cas bien précis, celui arrivé en dernier comprend rarement ce qui lui arrive. Pire encore, il est bien souvent convaincu d’avoir fait tout son possible alors que tout semble montrer le contraire. Comment justifier une défaite dans ce cas ? « C’est dans la tête » est, à tort, la réponse la plus courante. Mais cette phrase a toutefois le mérite de mettre en exergue un paradoxe bien réel : lorsque l’on fait du sport en compétition, l’objectif est de gagner, alors pourquoi en avoir peur ?

Le succès recouvre plusieurs réalités généralement positives. Une victoire c’est tout d’abord la démonstration de son talent, la reconnaissance d’un travail acharné et des sacrifices que l’on a dû faire mais également des récompenses financières et, dans certains cas, le respect de nos coéquipiers. Gagner implique donc forcément un changement entraînant la perte de deux choses chères à la plupart d’entre nous : notre sécurité et notre tranquillité. Des conséquences auxquelles de nombreux sportifs pensent de manière inconsciente. Avant même d’avoir achevé sa course ou fini son match, l’athlète se projette dans l’avenir se demandant ce que cette victoire, aussi minime soit-elle, pourrait changer dans sa carrière. Cette situation crée alors un véritable conflit entre l’esprit et le corps ; ce-dernier demandant des commandes immédiates puisque la partie n’est pas encore gagnée. Tout cela est lié à la perception que le sportif se fait du regard d’autrui – coach, médias, famille ou encore amis et sponsors – mais également du regard qu’il porte sur lui-même. En effet, comme l’explique la psychothérapeute Françoise Champignoux dans la revue La peur de gagner : « Réussir et gagner n’ont pas la même signification et ne répondent pas aux mêmes pulsions. Réussir c’est par rapport à soi dans la réalisation optimale de son potentiel physique et psychique. Gagner c’est par rapport aux autres, c’est être le meilleur dans le sens de la compétition. L’athlète peut réussir sans gagner et gagner sans réussir ». On comprend donc aisément qu’un athlète – même au palmarès important – échoue au dernier moment alors qu’il était sur le point de remporter la victoire.

La peur de réussir n’est en réalité pas celle d’atteindre son objectif, mais plutôt celle d’un avenir que l’on ne maîtrise pas. C’est un mélange entre peur de ne pas réussir à s’adapter et un manque de confiance en soi. Il faut également savoir que cette peur de gagner touche aussi bien les femmes que les hommes et peut se manifester chez tous les athlètes sans distinction de niveau ou de discipline.

Surmonter sa peur de réussir

Sans que l’on arrive forcément à se l’avouer, inconsciemment, il est plus confortable de perdre. Et la raison est simple : en échouant, le sportif ne sort pas de sa zone de confort. Gagner peut s’apparenter à une forme de transgression qui implique la nécessité d’assumer qui l’on est vraiment. Et c’est une chose que de nombreux athlètes n’arrivent pas à accepter : avoir conscience de ses capacités, réussir ou encore battre autrui ne fait pas du sportif quelqu’un d’arrogant ou surestimant ses capacités. En ayant conscience de cela, il faut également identifier la cause de cette peur et surtout prendre conscience de son existence.

Une fois cette étape passée, il est important voire nécessaire d’affronter cette peur de manière plus concrète. Tout d’abord, en changeant sa conception de ce qu’est un échec. Et de nombreux sportifs de haut niveau le savent : rater une compétition ou perdre une course n’est pas quelque chose qui doit être craint. Au contraire, ce genre de situations servent avant tout à mieux se connaître et à s’améliorer.

Autre élément qui a son importance : l’instant T. Comme vu précédemment, l’un des freins majeurs des athlètes paralysés par la peur est l’impossibilité de garder le corps et l’esprit dans la même ligne de conduite. Mais il ne s’agit pas d’arrêter de penser, bien au contraire. L’athlète doit se poser des questions et y répondre mais seulement à des moments bien précis comme durant l’entraînement ou lors des périodes de repos. Des interrogations qui lui permettront de tendre vers une plus grande autonomie, puisque lors de la compétition, il se retrouve inévitablement seul face aux problèmes que posent les adversaires.

Et toutes ces choses se travaillent généralement avec un coach mental. Il faut être conscient qu’il n’existe pas une seule formule. Chaque situation et comportement sont singuliers, il faut agir en conséquence.

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