Courir sans chaussures : et si les sportifs minimalistes avaient raison ?

Un homme court sur le bitume sans baskets

Affamé, l’homme préhistorique avait trop faim pour attendre la sortie des derniers modèles de baskets, ce qui ne l’empêcha pas de courir des siècles durant afin de chasser. Ses descendants n’ont pas non plus attendu le lancement de la chaussure de sport en 1868 avant de participer aux premières compétitions de course à pied en – 490 avec Jésus-Christ. De nos jours, et alors que le running fait de plus en plus d’adeptes et que le marché des équipements sportifs explose, certains sportifs prônent un retour au naturel et sont à la recherche de plus de sensations.

Ces coureurs d’un autre genre répondent au nom de barefoot runners – comprendre “les coureurs aux pieds nus”. Ce concept englobe la pratique de la course à pied sans chaussures mais également de la course à pied dite minimaliste, c’est-à-dire lorsque le coureur est équipé de chaussures très légères faisant office de seconde peau et n’ayant aucun amorti. Loin du simple mouvement de mode, les barefoot runners sont de plus en plus nombreux. Si la France et l’Allemagne semblent encore au stade d’expérimentation, les Etats-Unis organisent depuis plusieurs années des marathons pour les coureurs sans chaussures à l’image de la New York City Barefoot Run.

Autre constat : selon une étude du British Journal of Sports Médicine, la proportion de coureurs blessés serait la même aujourd’hui qu’avant l’invention de l’amorti. Mais pour Christophe Blanc, podologue, la réponse au problème est à chercher autre part : “S’il y a de plus en plus de personnes qui se mettent au sport, beaucoup ne savent pas courir. En parallèle à ça, le goudron a envahi les villes. Cette surface, en plus d’être très dure, renvoie énormément d’énergie. Il faut donc avoir une chaussure adaptée  et qui convient également à votre type de foulée”.

Un amorti différent

Lorsque vous courez avec des baskets, la réception des chocs se fait au niveau de la semelle. “Les chaussures permettent d’atténuer les vibrations et de restituer une bonne partie de l’énergie au sol afin de mieux repartir”, explique Christophe Blanc. L’amorti dans une chaussure est donc passif. A contrario, durant une course sans chaussures, le développement de la foulée est plus dynamique. Dans un premier temps, la plante du pied va entrer en contact avec le sol. Puis, c’est au tour du talon qui, après avoir touché la surface se relève permettant ainsi à la plante puis aux orteils de propulser le coureur car utilisant l’amorti intrinsèque du pied. En plus de réduire les chocs, cette technique de course permettrait de renforcer les capitons, les os ainsi que la peau et d’avoir une meilleure posture. Mais “lorsqu’un coureur n’a pas de chaussures, l’effort est continu », alerte le podologue. « Les pieds n’ont jamais le temps de se reposer entre chaque appui et c’est ce qui peut être assez traumatisant pour certaines personnes ». Pourtant, un récent article de l’Université d’Harvard regroupant 3 études va dans le sens contraire. Les personnes courant sans chaussures éviteraient les blessures car ils utiliseraient le pied et la jambe tels qu’ils ont été conçus. Courir sur l’avant du pied supprimerait également les impacts car cette zone est fabriqué de telle sorte qu’elle est prévue pour cela.

Passer d’une course classique à une course minimaliste doit se faire progressivement. Il est primordiale de préparer son corps afin d’éviter les blessures. “Un changement de foulée c’est un changement mécanique car c’est une zone différente du corps qui va attaquer. On va solliciter d’autres muscles et on va travailler autrement au niveau de la biomécanique de course”, explique le podologue. Il faut également garder en tête que lorsque nous courons pieds nus, nous n’avons aucune protection contre les divers éléments. Courir 1km sans chaussures est une chose, mais courir un marathon ou un trail en est une autre.

Malgré ces résultats, il est aujourd’hui impossible de déterminer si le pied nu est doté d’un amortissement égal ou supérieur à celui d’un pied chaussé car le nombre de tests et d’études à ce sujet sont encore trop peu nombreuses. Mais il apparaît clair que, si les deux types de foulée ressortent du sol, elles ne le font pas avec le même dynamisme. Finalement, à la question de savoir si les chaussures augmentent ou réduisent les blessures, aucune étude n’a pu encore trancher. Il appartient à chaque sportif d’adopter la technique qui lui convient le mieux et lui apporte les meilleures sensations sans jamais arrêter d’écouter son corps.

Merci à Christophe Blanc, podologue, à Paris

X